Le père de tous les cépages ?

« La différence entre les économistes et les historiens ? Les économistes aiment les histoires. A partir d’une histoire,  ils ont une intuition, bâtissent un modèle puis emploient des maths. Les historiens, eux, aiment les histoires…vraies »  Niall FERGUSON   (né en 1964)

Si nous savons d’où vient le vin, nous ne savons pas d’où viennent les  cépages !  La question de l’origine des cépages  a fait l’objet de nombreuses recherches depuis une dizaine d’années : D’abord l’origine d’une douzaine de variétés fut trouvée dans un croisement entre le pinot noir et le gouais blanc, longtemps interdit. Deux chercheurs de l’université de Cambridge en Angleterre ont récemment  confirmé  la parenté du gouais sur le Chardonnay, le Gamay noir et l’Aligoté….

Saccage en Alsace

« Chacun doit se convaincre que tout retour au monde d’hier relève de la chimère » Nicolas BAVEREZ (né en 1961) 

Nous avions évoqué la recherche qui ouvre la voie à une amélioration des variétés existantes, et sans doute à la création de nouveaux cépages ou à l’amélioration des qualités des porte-greffe liés à la vigne, et donc une meilleure protection contre les attaques virales avec une réduction de l’usage des pesticides, comme pour les céréales. 

Sur ce thème, les recherches se développent avec un programme européen  consacré aux  ressources génétiques de la vigne. En France, l’INRA avec son département de Génétique et d’Amélioration des Plantes expérimente à Colmar (Alsace) une modeste parcelle  OGM pour développer la protection de la vigne et des porte-greffes contre le court-noué.   Malgré des mesures de  protection  importantes, ce programme vient d’être brusquement interrompu par la destruction de cette modeste et utile surface plantée.

Vin : OGM versus pesticides

« Seule la dose fait le poison » PARACELSE (1493-1541) 

Sous les réserves habituelles quant à la validité méthodologique des études toxicologiques sur les pesticides (voir sur le sujet le dernier ouvrage de  Jean de Kervasdoué ) je fais état aujourd’hui d’un récent rapport diffusé en mars 2008 de PAN Europe  qui nous alerte sur la présence de pesticides dans le vin. Le raisin ne couvre que 3,5% de la superficie agricole de l’Union Européenne. Pourtant cette culture reçoit environ 15% des pesticides synthétiques (substances actives) appliquée aux grandes cultures – la part la plus importante au total, toute culture confondue, mises à part les céréales. Cela représente plus de 21 kilos de matière active par hectare. Sur quarante bouteilles de vin rouge analysées (34 traditionnelles et 6 de vin biologique), toutes les bouteilles non biologiques contenaient au moins quatre pesticides. Un Pomerol (Bordeaux) et un Santenay premier cru (Bourgogne) recelaient chacun neuf produits différents. La culture biologique ou raisonnée de développe, mais elle a ses points faibles avec les attaques parasitaires.  

 Avec le déchiffrage génétique de la vigne aujourd’hui achevé, les chercheurs estiment que l’on devrait pouvoir donner une base moléculaire à la diversité des différents arômes. Cette recherche ouvre la voie à une amélioration des variétés existantes, et sans doute à la création de nouveaux cépages ou à l’amélioration des qualités des porte-greffe liés à la vigne, et donc une meilleure protection contre les attaques virales avec une réduction de l’usage des pesticides, comme pour les céréales. Sur ce thème, les recherches se développent avec un programme européen  consacré aux  ressources génétiques de la vigne. En France, l’INRA[2] avec son département de Génétique et d’Amélioration des Plantes expérimente à Colmar (Alsace) une modeste parcelle  OGM pour développer la protection de la vigne et des porte-greffes contre le court-noué.  


[1] Pesticide Action Network

[2] Institut National de
la Recherche Agronomique

Quintessence du pinot noir

« Je crois que les vrais professionnels sont des amateurs » Philippe CAUBERE (né en 1950) dans Le Figaro en 1997.  

Le pinot noir a toujours été un privilégié : Selon Roger Dion le duc de Bourgogne Philippe le Hardi aurait nommé pour la première fois le cépage en 1375. Jean Robert Pitte  ajoute qu’il aurait interdit la plantation du cépage gamay en Bourgogne, pour favoriser le pinot noir, qu’il jugeait de meilleure qualité. Enfin Le Figaro du 26 décembre 2007  nous révélait qu’une deuxième équipe internationale publiait un séquençage de la vigne au cours de la même année 2007. Cette fois encore, il s’agit du pinot noir, à l’origine des grands crus de Bourgogne. Lors du premier déchiffrage, une certaine concurrence avait été ressentie entre différentes équipes, notamment sur une espèce végétale comme la vigne : La nouvelle équipe associe des chercheurs italiens, américains, belges et britanniques, du secteur public et privé. Le premier déchiffrage avait été publié en août dernier dans la revue Nature par un groupe de chercheurs franco-italiens (Genoscope d’Évry, le CNRS et l’INRA).

Le séquençage permettra l’identification et la sélection des gènes à l’origine des arômes du vin et des gènes de résistance aux maladies et aux parasites de la plante. Le génome de la vigne comporte 19 paires de chromosomes et compte près de 30 000 gènes au total contre 20 000 et 25 000 gènes chez l’être humain. Si le choix des chercheurs s’est porté sur le pinot noir  en raison de ses qualités aromatiques. Il sera plus facile, par exemple, de sélectionner en laboratoire les gènes à l’origine des enzymes ou des huiles essentielles qui font la caractéristique organoleptique du vin produit par cette souche prestigieuse. Cela pourrait permettre ensuite de les transmettre à une autre variété, que ce soit de manière classique ou par transgenèse.Quant aux ennemis de la vigne, ils sont très nombreux, notamment  le phylloxéra, insecte venu d’Amérique qui a détruit le vignoble européen à la fin du XIXe  siècle. En facilitant l’identification de gènes de résistance, le séquençage pourrait contribuer à la réduction de l’utilisation des pesticides et au dé­veloppement d’une viticulture durable.

Le travail de déchiffrage

 « L’étymologie du mot « travail » met en évidence que le mot désignait, à l’origine, un instrument de torture ». Petit Larousse 

 La revue Nature  nous raconte l’extraordinaire aventure de pionniers français et italiens[1] de la recherche génétique. Ils viennent de publier (en août 2007)  une carte haute définition de la séquence génétique complète de la vigne (Vitis vinifera). C’est la quatrième plante après la petite moutarde sauvage Arabidopsis, le riz et le peuplier, dont on établit la carte du vivant. La vigne existe depuis le néolithique, les variétés n’ont cessé d’être sélectionnées par  l’homme depuis 1 200 ans.  C’est une « vieille plante », indiquent les chercheurs dans leur préambule, elle n’a pas été modifiée par l’évolution récente, et l’on y découvre des gènes très anciens. Les chercheurs ont choisi une lignée de pinot noir qui a subi une amélioration génétique constante depuis le siècle dernier.  

La vigne bénéficie d’une grande complexité moléculaire. Une caractéristique notable de la vigne est la présence de grandes familles de gènes liés aux enzymes et aux huiles essentielles qui donnent dans notre verre ses caractéristiques organoleptiques au vin. Il y en a deux fois plus que dans les autres plantes. Les chercheurs estiment que l’on devrait pouvoir donner une base moléculaire à la diversité des différents arômes, grâce à l’analyse génétique. Cette recherche ouvre la voie à une amélioration des variétés existantes, et sans doute à la création de nouveaux cépages ou à l’amélioration des qualités des porte-greffe liés à la vigne. La vigne absorbe à elle seule la moitié du million de tonnes de pesticides utilisés chaque année en Europe. La vague récente de  mildiou  a encore fait augmenté considérablement les tonnages absorbés. Ce projet de recherche permettra une réduction de cette proportion grâce à la création de cépages plus résistants.


[1] L’Institut national de la recherche agronomique (INRA) et le Génoscope d’Evry (France), le laboratoire national de séquençage, ont participé à ce projet franco-italien lancé en 2005 et intitulé International Grape Genome Program.